La bouche pleine du souvenir…

TRETIAKOFF

La bouche pleine du souvenir…

Freud et Jung… comment deux expérienceurs de la psyché ayant subi l’inceste dans leur enfance ont été soumis, tôt ou tard, aux répercussions de ce traumatisme sexuel… ?

Aujourd’hui, il n’est plus possible de cacher l’inceste que Freud a vécu, imposé par son père. Dans une lettre à Wilhem Fliess datée du 8 février 1897, Freud fait état de « la fellation forcée qui provoque des symptômes chez ceux qui l’ont subie…malheureusement, mon propre père a été l’un de ces pervers et a été responsable de l’hystérie de mon frère et de celle de quelques- unes de mes plus jeunes sœurs ». Freud, coincé dans sa propre analyse où remettre en cause ses parents était refoulé, écrira bien plus tard douter que lui-même n’ait pas, comme ses frères et sœurs, subi l’inceste du père.

Dans « Correspondance », Jung livre à Freud qu’un acte similaire a été commis à son encontre par un responsable religieux et nombres de ces oncles étaient des pasteurs.

Freud et Jung étaient habités par la même terreur de devenir eux-mêmes abuseurs.

En aparté, ici, je rappelle aux thérapeutes qu’ils sont les représentants des images parentales, quelle que soit la technique utilisée. Cela signifie, en clair, qu’il leur est impossible d’entretenir une relation amoureuse ou sexuelle avec une  patiente/un patient, au risque de se trouver dans la position du parent incestueux.

Jung a, à mon sens, transgressé ce principe avec Sabina Spielrein. Jung était un abuseur dans cette relation. Le déni de l’adulte psychanalyste a laissé l’enfant victime en lui, revivre le traumatisme sexuel.

Freud décèdera dans une grande souffrance, d’un cancer de la mâchoire. On peut y déceler, si l’on est adepte du décodage biologique, un symptôme d’une fellation forcée.

Dans le film de David Cronenberg « A Dangerous Method », (voir article aq-rel.com) la rivalité des deux hommes est abordée autour d’une femme sous l’angle du triangle infernal…Mais il me semble qu’il s’agissait plutôt d’une même terreur, celle du triangle entre le père, l’enfant et la sexualité.

Je propose la lecture de « Une agression contre le corps, un crime contre l’esprit » de Georges Romey et notamment « La fellation imposée » (p52 à p57) où l’auteur renvoie au symbole de l’ampoule : « …Dans la dynamique de l’imaginaire, l’ampoule dirige l’attention sur une dualité essentielle de l’actualité de la rêveuse/du rêveur…La connotation phallique de l’ampoule renforce sa capacité à exprimer la dualité, cette dernière étant intensément présente dans la sexualité, terrain de rencontre d’appétences et d’inhibitions ! ».

Georges Romey partage, un peu plus loin, au sujet d’une pathologie de la gorge, un parallèle avec un texte de Nietzsche « Ainsi parlait Zarathoustra »…Nietzsche aurait été, dans son âge tendre, victime d’abus sexuels. « Un serpent s’était insinué dans sa gorge et s’y était fixé par les crocs ».

Nadjejda Tretiakoff.

 

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