La fonction intégrative de la dynamique de l’imaginaire

Certaines pathologies résistent à toute approche médicale conventionnelle. C’est le cas d’Olivier, 27 ans, paralysé depuis dix ans par une contracture dorsale inexpliquée. Suivi à l’hôpital Necker sans diagnostic satisfaisant, ce jeune homme portait dans son corps une souffrance que ni les examens ni les traitements ne parvenaient à dénouer.
L’article de Georges Romey, paru dans Santé Intégrative, raconte une guérison aussi spectaculaire qu’inattendue grâce au rêve éveillé libre. En seulement trente minutes de séance, les blocages installés depuis une décennie se sont dissipés, libérant Olivier de sa paralysie.
Le cas d’Olivier illustre parfaitement la dimension psychosomatique de certaines pathologies. Son père, atteint de poliomyélite après un championnat d’aviron à 17 ans, avait transmis bien plus qu’un héritage génétique. La similitude troublante des circonstances révèle comment le psychisme peut imprimer sa marque dans la chair.
Georges Romey nous rappelle une vérité essentielle : le thérapeute n’est qu’un accompagnateur. C’est la psyché du patient elle-même qui détient les ressources curatives, bien au-delà de ce que l’intelligence rationnelle peut concevoir
Article paru en juin 2009 dans le magazine Santé Intégrative, rédigé par Georges Romey.

“La qualification de “psychosomatique” fréquemment appliquée à des symptômes que le médecin ne peut relier à une origine lésionnelle ou cellulaire n’est pas une dérobade devant l’insuffisance de la science. El1e exprime le plus souvent une réalité. Devant les résultats négatifs des multiples investigations qu’il a prescrites, le médecin peut ressentir un sentiment d’impuissance. Reconnaître la probabilité d’un mécanisme psychosomatique procède alors d’une courageuse objectivité mais n’entraîne évidemment aucun effet réducteur sur la symptomatique dont souffre le patient !

Envisageons l’hypothèse où le médecin, confronté aux limites des techniques dont il dispose, suggère de confier au psychothérapeute le relais du soin. Ce dernier se trouve placé dans une situation ambiguë. Accueillir 1e patient et entendre, parmi d’autres demandes” celle qui concerne une souffrance physique est dans son rôle. Mais dès le premier entretien. La relation qui s’ouvre doit être clairement définie. Le thérapeute sera 1’accompagnateur attentif d’une évolution psychique que le patient va réaliser par lui-même. Le projet thérapeutique vise une avancée de la personne sur le plan d’un mieux-être psychologique. Le praticien doit préciser qu’il ne prend pas en charge le patient dans le but de réduire des manifestations fonctionnelles indésirables. Si des progrès ont lieu sur ce plan, cela signifiera qu’il s’agissait bien d’un enchainement psychosomatique. Il sera légitime de se réjouir d’un tel résultat mais celui- ci ne doit pas être proposée comme l’objectif de la cure. Ce serait favoriser une espérance dont la réalisation ne dépend pas de la compétence du thérapeute.

L’histoire d’Olivier M. mettra en évidence le caractère psychosomatique d’une pathologie et de sa guérison. Elle montre aussi que l’action du thérapeute est minimale par rapport aux ressources thérapeutiques de la psyché du patient. Olivier venait d’atteindre vingt-sept ans lorsqu’il se présenta à la consultation pour tenter de se délivrer d’angoisses difficilement supportables au quotidien.

Le jeune homme avait repris un cycle d’études universitaires et ses difficultés de concentration laissaient pré- voir un risque d’échec. Dès le premier contact, je fus surpris par des postures étranges qu’il adoptait, qu’il fut debout ou assis. Il m’apprit qu’il était affecté d’une contracture permanente quasi paralysante de l’ensemble de la musculature dorsale depuis l’âge de dix-sept ans. Les médecins de l’hôpital Necker par les- quels il était suivi depuis plusieurs années n’avaient pu proposer un diagnostic satisfaisant. Le blocage de la musculature s’était installé soudainement, à la suite d’un entraînement intensif, préparation d’une compétition d’aviron. Le début de la cure de rêve éveillé eut lieu quelques semaines avant l’examen auquel Olivier se préparait depuis sept mois. Au cours des trois premières séances, il produisit des scénarios dont la structure et les symboles révélaient une relation écrasante à l’image paternelle. Le père d’Olivier, que j’avais eu l’occasion de rencontrer, était un homme ouvert, que ses qualités de contact et son intelligence politique avaient conduit vers de hautes fonctions publiques. Son élégance vestimentaire, sa prestance et sa jovialité de bon ton trahissaient sans doute le besoin de compenser une atrophie de la jambe droite qu’il avait fallu appareiller à la suite d’une atteinte de poliomyélite.

Rien dans son comportement vis-à-vis d’Olivier ne laissait soupçonner une volonté de domination. Mais 1’enfant, face à f image d’un père admiré, n’avait pu réaliser la confrontation qui lui aurait permis de grandir. Il s’était enfermé dans un dilemme compétition-identification qu’il vivait dans une totale inconscience ! Ces informations livrées, le quatrième scénario de la cure et ses stupéfiants effets témoigneront de la puissance réparatrice de l’imaginaire. Olivier n’avait, en commençant sa cure, aucune connaissance du sens des symboles qu’il allait produire. Il ignorait, par exemple, que le soleil est une représentation symbolique de la figure paternelle.

Je produis le scénario à peine abrégé :

« Il fait très chaud… je vois le soleil, qui est rouge et pourtant je dois sortir… Tous les gens parlent de beau temps ! Moi je redoute toujours le soleil … j’ai l’impression qu’il est écrasant…/… je sors, parce que j’ai une épreuve sportive à affronter. Une course à pied… J’y ai beaucoup pensé, je me suis beaucoup investi et j’ai soudainement l’impression d’être devenu du bois, rigide… plus ça va, plus ça devient rigide alors que les autres sont des plumes… la course doit partir et plus ça va, moins j’ai l ‘impression que je vais pouvoir prendre le départ… comme quand il faut plonger et qu’on ne peut se décider… d’ailleurs, ça se passe sur les bords de la Marne, près de chez nous… le soleil est là, il me paralyse… et je sens que l’eau peut me libérer… je sais que j’ai les moyens de gagner et les autres le savent aussi…

Mais ça me fait perdre mes moyens… impression de n’avoir plus qu’un cerveau et un cœur qui bat très fort… Tout le reste c’est du bois ! Alors, je me décide à plonger… il fait chaud mais je suis content qu’il y ait du soleil… je suis attiré au fond de l’eau… au début, je fais des mouvements saccadés, j’ essaye de résister et, malgré tout, je m’adapte à ce milieu… j’ai l’impression d’avoir de nouveau un corps, je respire normalement sous l’eau… au bout d’un moment, je me suis fait à cet environnement liquide, souple… le soleil perce… je vois son rayonnement.

Je vois qu’il éclaire et je ne sens plus le temps passer… les autres coureurs sont aussi maintenant au fond de l’eau mais eux ne sont pas capables de s’adapter… Moi, je ne sais plus quelle heure il est ni où nous sommes ni combien il reste pour l’arrivée… mais je m’en fiche… quand je suis tombé dans la Marne, je suis allé très profond, comme si je revenais en arrière, loin dans le temps… je suis indifférent au temps, au temps qui passe et au temps qu’il fait… je prends le temps de regarder… je me surprends parce que, même en compétition, je regarde les oiseaux… je suis délivré de mes rigidités… je sens qu’il pourrait y avoir un tremble- ment de terre… avant de plonger, ça m’aurait été insupportable, maintenant je m’en fiche complètement… Maintenant aussi, le soleil est un ami… c’est le désert, le ciel bleu… le soleil rouge mais pas d’un rouge hostile, un rouge chaleureux… j ‘ai l’impression qu’il me porte … j e suis heureux dans le désert… j’ai l’impression de marcher vers l’infini symbolisé par  l’horizon, le sable fin, un diamant ou des cristaux… et le soleil rond… je peux le regarder sans m’éblouir… j ‘ai plaisir à le regarder… je n’ai pas soif, je ne suis plus du tout tendu… je sens une décontraction dans mon dos… je regarde le ciel bleu et ce soleil que je peux parfaitement supporter… voilà ! »

 

Quand Olivier se redressa, le rêve terminé. il resta plusieurs minutes le regard fixe, la bouche ouverte, sans dire un mot. Puis il se leva, fit des mouvements de plus en plus amples, les bras en croix… Nous n’osions l’un et l’autre croire à ce qui venait de se passer : l’influx nerveux, agissant pendant le rêve sur les neurones responsables du blocage de la musculature dorsale, venait en “remontant dans le temps” de dissiper des inhibitions installées depuis dix ans. Olivier n’était plus tétanisé comme- paralysé, il était entièrement libre de ses mouvements ! Bien des années se sont écoulées depuis cet instant heureux. Olivier a pris la succession de son père dans une affaire familiale. Ce résultat, aussi impressionnant qu’inattendu aucun raisonnement, aucune réflexion intellectuelle n’au- raient pu l’atteindre. En trente minutes environ, l’influx nerveux allait réaliser la synthèse de milliers d’enregistrements fixés dans le dispositif neuronal et dénouer les multiples nœuds d’un réseau inaccessible à la conscience. La clé résidait dans une constellation de ressentis liés à la notion de compétition. J’appris, en interrogeant Olivier, que la polio- myélite de son père s’était déclarée à la suite d’un excès d’entraînement, alors qu’il avait dix-sept ans et venait de remporter un championnat d’aviron. Personne n’avait retenu la similitude de circonstances et d’âge auxquelles le père et le fils avaient été frappés par leurs handicaps respectifs. L’un et l’autre avaient souffert de l’emphase placée sur la compétition sportive mais, pour Olivier, cela s’était confondu, à un degré pathologique, avec l’irréductible compétition vis-à-vis de l’image paternelle. Il est probable que le fait d’avoir entrepris la cure de rêve alors qu’il allait devoir affronter un important examen universitaire avait réactualisé le thème de la compétition. Cela réalisait les conditions qui allaient favoriser 1’action réparatrice de la dynamique de l’imaginaire. Face aux troubles psychosomatiques, les moyens du médecin et ceux du psychothérapeute sont bien modestes par rapport à la puissance des ressources curatives de l’influx nerveux délivré de la soumission aux règles de l’intelligence rationnelle.

L’ouvrage de Georges Romey va sortir dans quelques jours et je voudrais remercier Madame Stéphane Jardin de m’avoir fait découvrir le Rêve Éveillé. En 1986, elle m’explique la méthode et les améliorations obtenues. Elle a gagné ma confiance. Je lui adresse des patients, des proches, surtout les cas difficiles, en échec avec d’autres psychothérapies. Les résultats sont au rendez-vous et depuis plus de vingt années notre coopération perdure. En 1992, j’ai débuté la formation avec Georges Romey et pendant une dizaine d’années, j’ai pratiqué cette psychothérapie sur mes patients. Absorbé par un exercice médical envahissant, j’aspire à disposer de plus de temps pour pratiquer à nouveau. M. Romey publie un nouvel ouvrage sur les possibilités du Rêve Éveillé Libre, Un escalier vers le ciel en mai 2009 dans une collection des éditions Devry. Dr. J-M Issartel”

 

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